Le tourisme dentaire : quel suivi pour les patients ?

Le suivi approximatif des patients : un risque bien trop souvent minimisé du tourisme dentaire


Le marché mondial des implants dentaires a atteint 4,3 milliards de dollars en 2021(1) et devrait progresser de 5% par an jusqu'en 2028(2). Cette tendance historique – le marché croît sans relâche depuis les années 1990(3) – reflète bien les différents enjeux de la dynamique récente de « tourisme dentaire ». D’une grande ampleur, le phénomène de tourisme dentaire entraîne en effet avec lui de nombreux problèmes sanitaires et économiques pour les dentistes et leurs patients. Quels sont-ils et quelles solutions s’offrent alors aux praticiens ?



Le tourisme dentaire, la pratique consistant à recevoir des soins dentaires dans un pays autre que celui dans lequel on vit, n’est pas un phénomène nouveau. Dans l'Antiquité déjà, les pèlerins n'hésitaient pas à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre en Grèce dans l'espoir de se refaire une santé avec Hippocrate ou ses disciples.

De nos jours, ce sont des milliers de patients français qui se rendent chaque année dans un autre pays européen pour obtenir des soins dentaires(4). La plupart se rendent en Europe de l'Est (Hongrie, Roumanie, République tchèque), en Espagne ou au Maroc. La Hongrie est d'ailleurs la première destination de tourisme dentaire au monde et a déjà accueilli plus de 600 000 patients étrangers au cours des dix dernières années(5). "La Turquie [et maintenant l'Italie] commencent à se placer sur ce créneau", affirme Doniphan Hammer, de la Confédération nationale des syndicats dentaires, attestant d'un marché en pleine expansion.

La principale motivation des patients est de faire des économies : en effet, la pose d’un implant dentaire en France coûte en moyenne 750€, contre 450€ en Roumanie(6). Par ailleurs, les listes d’attente pour les chirurgies sélectives sont parfois interminables dans les pays occidentaux, notamment au Royaume-Uni où certains patients ont dû patienter jusqu’à 3 ans pour obtenir un rendez-vous pour des soins dentaires(7). Enfin, certaines personnes souhaitent que le processus de traitement se fasse le plus rapidement possible. A titre d’exemple, dans le cas de la pose d’un implant dentaire où la qualité de l’os est peu dense, une période d’intégration de 3 à 6 mois est recommandée pour permettre à l’os de la mâchoire de bien s’ancrer à l’implant et pour permettre la cicatrisation des tissus mous. Cette période est respectée en France(8) mais parfois réduite à quelques semaines dans les centres low-cost en Europe de l’est.


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La pratique du tourisme dentaire comporte ainsi de nombreux risques. Du côté de l'ADF (Association Dentaire Française), c'est le suivi des patients qui inquiétait le secrétaire général Joël Trouillet en 2014 lorsqu'il déclarait : "On ne sait pas encore comment cela va évoluer, si les implants deviennent un problème dans les prochaines années". En effet, il peut y avoir un manque de suivi dû à la distance lorsque les patients sont de retour chez eux. À cela s'ajoutent des normes sanitaires qui ne sont parfois pas parfaitement respectées ou tout simplement pas adaptées au système immunitaire des touristes. C'est pourquoi, au Royaume-Uni, 25 % des interventions chirurgicales traitent des infections causées par un acte médical effectué à l'étranger(7).

Se pose aussi la question de la traçabilité. Dans le cas des implants dentaires, chaque praticien est formé et équipé d’instruments pour traiter des systèmes d’implant de marques spécifiques, pouvant différer d’un confrère à l’autre. La plupart des fournisseurs revendiquent leurs particularités, si bien qu'il existe plus de 3500 modèles de plus de 300 marques différentes(9), sans parler des composants prothétiques qui leur sont associés : pilier, vis de cicatrisation, attachement, tournevis, transfert, base en titane, localisateur, multi-unit, extracteur.... De plus, la facilité de fabrication des implants a incité de nombreuses entreprises à se lancer sur ce marché et à diversifier encore plus les références existantes et leurs caractéristiques techniques(10).

Cela devient un problème lorsque l'implant doit être traité ou lorsque certains composants doivent être remplacés. Une enquête sur la prévalence des difficultés cliniques liées à l'identification et à la restauration d'implants dentaires inconnus montre que 79,9 % des dentistes français(11) et américains(12) sont concernés. La même étude montre que 44% des dentistes américains ont déjà commandé des mauvais composants prothétiques par erreur(12). D'autant plus que certaines marques d'implants ne sont pas distribuées dans certains pays, tandis que d'autres ont tout simplement disparu. Ainsi, il peut s’avérer très compliqué et chronophage pour un praticien d’identifier l'implant en question, trouver les informations techniques et enfin se procurer les composants officiels ou un équivalent compatible accessible.


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Que se passe-t-il donc dans ces situations ? Face à ce casse-tête, certains praticiens redirigent leurs patients à l'hôpital public afin de ne pas engager leur responsabilité, quitte à déroger à la déontologie médicale. D'autres s’efforcent de trouver une solution à leur patient, mais ils perdent un temps considérable, se fiant parfois à des avis sur Internet dont la crédibilité est douteuse et sans garantie de succès.

Des solutions émergent, comme le système européen d'échange de données, qui vise à collecter, centraliser et sécuriser toutes les informations de santé des patients dans l'UE(13). Mais ce projet, lancé en 2019, se heurte à de nombreux obstacles comme la difficile harmonisation des données entre les États membres et la réticence de certains d’entre eux. Dans le cas spécifique des implants dentaires, il existe déjà un passeport implantaire, mais la plupart des patients ne conservent pas ce document pendant plusieurs années.

L’idée pourrait être de développer plus de normes, de sensibiliser les gens à l'importance de leur propre suivi ou de rendre les données de chaque fabricant accessibles même s'il venait à disparaître.

Spotimplant est une solution pratique et efficace à ce problème. En effet, cette technologie permet de trouver la référence d'un implant à partir d'une simple radiographie. Sa base de données donne accès aux fiches produits de la plupart des implants existants et ayant existé. Le service oriente le praticien vers le fournisseur officiel s'il existe, ou vers un générique compatible dans le cas contraire. L’objectif est ainsi d’apporter une solution à tous les patients.


Enfin, dans le cas français, le phénomène du tourisme dentaire dépend largement de la politique de remboursement de la Sécurité sociale. D’une part, car c’est essentiellement un reste à charge élevé qui pousse les Français à se faire soigner à l’étranger, d’autre part parce que la France prend en charge une partie des soins pratiqués à l’étranger tant qu’ils restent réalisés dans l’Union européenne. En 2013, l'Assurance-maladie française a ainsi remboursé 2,3 millions d'euros pour des soins dentaires réalisés à l'étranger(14). Dans ce contexte, la réforme « 100% santé » prônée par le président Emmanuel Macron laisse entrevoir un reste à charge nul déployé jusqu’au secteur du bucco-dentaire depuis le 1er janvier 2021. Incitant les citoyens à se faire soigner en France, cela aura-t-il un impact sur le tourisme dentaire ?



Références :

  1. “Global dental implant devices market forecast”, Global Data, Medical Devices Intelligence Center, 2018.
  2. “Analyse du marché des implants dentaires”, Businesscoot, 15 Janvier 2021.
  3. “The use of dental implants by U.S.-based practitioners grew by an estimated 73% over the period from 1986 to 1990, and this figure has continued to rise dramatically” N. & Douglass, The Developing Market for Dental Implants. The Journal of the American Dental Association, 1993.
  4. “Tourisme dentaire : un phénomène en pleine expansion”, Allo Docteurs, 14 Juin 2013.
  5. “Hungary aims for a bigger bite from dental tourism”, Unknown, Budapest Business Journal, 24 Novembre 2018.
  6. “Prix d'un implant dentaire par pays en Europe | Belgique, France, Hongrie …”, Nicolas Vlaemynck, New Dentaire,‎ 24 Novembre 2018.
  7. “People in England ‘face three-year waits for dentist appointments’”, The Guardian, 24 Mai 2021.
  8. “Pose d’implants dentaires : comment mettre un implant et combien dure-t-il ?”, Dr George & Associés.
  9. Nombre issus du catalogue de Spotimplant.com, la base de données des implants dentaires la plus complète au monde à ce jour.
  10. “Evolution of the Dental Implant Market: An African Tale Revisited”, Ehrenfest & Rutkowski, Journal of Oral Implantology, 2012.
  11. Sondage réalisé par Spotimplant.com auprès d’un panel de dentistes français, Mars 2020.
  12. Robert Douglas Walter, Journal of Oral Implantology, Février 2020.
  13. “Système européen d’échange des données : quels enjeux pour la santé ?”, Laure Millet, Institut Montaigne, 29 Avril 2019.
  14. "Tourisme dentaire : une offre plus structurée, mais anecdotique”, Gabriel Nedelec, Les Echos, 26 Novembre 2014.
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